Mot-clé - phénoménologie

Fil des billets

lundi 2 mai 2016

Le visible et l'invisible

L'invisible est un creux dans le visible, un pli dans la passivité. Tout le bric à brac positiviste des "concepts" est éliminé, et l'esprit sourd comme l'eau dans la fissure de l'Etre - Il n'y a pas à chercher des choses spirituelles, il n'y a que des structures du vide - Simplement je veux planter ce vide dans l'Etre visible, montrer qu'il en est l'envers, -en particulier l'envers du langage.

De même qu'il faut restituer le monde visible vertical, de même il y a une vue verticale de l'esprit, selon laquelle il n'est pas fait d'une multitude de souvenirs, d'images, de jugements, il est un seul mouvement qu'on peut monnayer en jugements en souvenirs, mais qui les tient en un seul faisceau comme un mot spontané contient tout un devenir, comme une seule prise de la main contient tout un morceau d'espace.

Maurice Merleau-Ponty. Le visible et l'invisible. Gallimard, 1962

mercredi 4 avril 2012

Le temps ramifié

Gaudi

Le futur est une fiction.
Le passé n'existe que par ses réminiscences dans mon présent.
Nos actes sculptent le monde, y déposent des traces et ces traces sont le terrain de la présence d'autres actes, qui s'y emmêlent. La question que tu m'as posée l'instant d'avant est le matériau auquel s'entrelace ma réponse, qui la transforme ; je la fais ainsi être à nouveau, même si jamais le Dit ainsi malaxé n'épuise le Dire dans son éphémère insaisissable.
Il n'y a pas de mémoire du monde mais des actes de regard, de lecture, de déchiffrement ; les oeuvres sont mortes si elles ne sont réifiées par l'acte de regarder, prendre, lire, qui a à chaque fois l'éclat d'une naissance.
Nous ne sommes qu'instants qui inventent le monde, et l'image d'un segment de vie linéaire est un mauvais artefact. Il n'y a pas de fleuve qui coule et me traverse ; c'est au contraire en vagues spiralées que les vivants entremêlent et gravent leurs empreintes, faites par le monde autant que le faisant.
Mon regard peut se diriger sur mes années antérieures, je suis ce regard, et les souvenirs sont repris et recréés au gré de mon existence présente, empreinte nouvelle à chaque instant.
Le souci du lendemain me tient dans une tension dirigée, mais toute inquiétude du futur n'est qu'une fiction que l'on se raconte à soi-même.
Le temps ramifié est cette conjonction d'étant, les vibrations de vie qui chacune sont une ramification dans le possible du monde que chaque acte invente et instancie.

Variations phénoménologiques sur le thème du temps, sur les traces de Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945).