(Tchouang-tseu, André Breton, et mes recherches en pragmatique)

pavots
Pavots, 18 juin 2005

Tchouang –tseu :

La grande intelligence englobe, la petite intelligence discrimine ; la grande parole est éclatante ; la petite parole est verbeuse.
La parole est obscurcie par l’éloquence.
A vrai dire, tout être est autre, et tout être est soi-même.
Soi-même est aussi l’autre ; l’autre est aussi soi-même. L’autre a ses propres conceptions de l’affirmation et de la négation. Soi-même a aussi ses propres conceptions de l’affirmation et de la négation. Y a-t-il vraiment une distinction entre l‘autre et soi-même , ou n’y en a-t-il point ? Que l’autre et soi-même cessent de s’opposer, c’est là qu’est le pivot du Tao. Ce pivot se trouve au centre du cercle, et s’applique à l’infinité des cas. Les cas de l’affirmation sont une infinité ; les cas de la négation le sont également. Ainsi il est dit : le mieux est d’avoir recours à l’illumination.
C’est en nommant que les choses sont délimitées.

Le langage sépare, pose artificiellement une grille rigide de limites sur la réalité.
Ainsi, en interprétation automatique des dialogues, l’idée serait de s’affranchir le plus possible de modèle sémantique qui essaie de modéliser logiquement (sous contraintes fortes) le lien signifiant-signifié, pour au contraire privilégier l’accès pragmatique premier, c’est-à-dire la référence directe immédiate aux "objets" du monde, avant de passer par le filtre de l’idée.

Je fais aussi un pont entre tao et surréalisme, à la lumière de cet extrait du " Manifeste du surréalisme" d’André Breton :

rappelons que l’idée du surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force psychique par un moyen qui n’est autre que la descente vertigineuse en nous, l’illumination systématique des lieux cachés et l’obscurcissement progressif des autres lieux, la promenade perpétuelle en pleine zone interdite et que son activité ne court aucune chance sérieuse de prendre fin tant que l’homme parviendra à distinguer un animal d’une flamme ou d’une pierre – le diable préserve, dis-je, l’idée surréaliste de commencer à aller sans avatars.

Non-dualité : illumination, fulgurance, du monde à soi hors des limites posées par les concepts. Incarnation de l’esprit.