Printemps Été

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mercredi 26 janvier 2005

André Breton - Notes sur la poésie

Les pensées, les émotions toutes nues sont aussi fortes que des les femmes nues.
Il faut donc les dévêtir.

Dans le poète :
L'oreille rit,
La bouche jure ;
C'est l'intelligence, l'éveil qui tue ;
C'est le sommeil qui rêve et qui voit clair ;
C'est l'image et le phantasme qui ferment les yeux.
C'est le manque et la lacune qui sont créés.

Le sujet du poème lui est aussi propre et lui importe aussi peu qu'à un homme son nom.

Le lyrisme est le développement d'une protestation.

Alentours III - 1925-1930

mercredi 19 janvier 2005

Le grain des mots

J'aime ce livre de Camille Laurens "Quelques-uns".

Extrait :
Les mots ont un grain - comme on dit le grain de la voix, le grain de la peau, bien sûr, mais aussi, au fond, comme on parle des fous, des marginaux : chacun d'entre eux est un original, une pièce unique. D'avoir été prononcés tant de fois, déformés par les lèvres ou polis par les livres, de nous avoir émus dans la beauté des oeuvres ou la bouche d'autrui, ils ont acquis la densité et la profondeur merveilleuse d'une terre dont nous rêvons un jour d'être les archéologues : les mots sont faits de notre vie qui sédimente.

J'aime ce livre, j'aime ce rapport sensuel aux mots. Ecrire c'est aimer toucher les mots, les approcher lentement, savamment ou avec prudence. Les polir et les faire danser. Camille Laurens célèbre le plaisir des mots, elle salue aussi avec une belle déférence ceux qui si élégamment les font transmission de leurs émotions.
Notre rapport aux mots est un rapport de référence. Tissage de liens, étoffe de mémoire. La sémantique n'est rien sans ce rapport intime des mots à notre propre histoire.

jeudi 6 janvier 2005

L'hiver et Rainer Maria Rilke

Neige sur Les ChauxDevance tout adieu, comme s'il se trouvait derrière
toi, à l'instar de cet hiver qui va se terminer.
Car, entre les hivers, il est un tel hiver sans fin
qu'être au delà de lui, c'est pour ton cœur l'être de tout.

Sois toujours mort en Eurydice -et plus chant que jamais
remonte, et plus louange, ainsi remonte au pur rapport.
Ici, chez les passants, sois, au royaume où tout prend fin,
sois un verre qui sonne et dans le son déjà se brise.

Sois - et sache à la fois la condition qu'est le non-être,
l'infini fondement qu'il est de ta ferveur vibrante,
et donne à celle-ci, unique fois, pleine existence

À la nature, utilisée ou bien dormante et muette,
à cette ample réserve, à cette inexprimable somme,
ajoute-toi en joie et ne fais qu'un néant du nombre.

Rainer Maria Rilke. Les sonnets à Orphée. février 1922

Tu es pressé d'écrire,
comme si tu étais en retard sur la vie
Si l'en est ainsi fais cortège à tes sources
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement, tu es en retard sur la vie.

René Char. Moulin premier, Commune présence.



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