Philosophie décapante
Par Anne, mercredi 16 mars 2005 à 19:25 :: Lectures :: #38 :: rss
Le premier temps négateur de ma démarche suppose une déconstruction de l'idéal ascétique : on tâchera, pour ce faire, d'en finir avec les principes de la logique renonçante qui met traditionnellement en perspective le désir et le manque, puis définit le bonheur par la complétude et l'accomplissement de soi dans, par, et pour autrui ; on évitera de sacrifier à l'idée que le couple fusionnel propose la formule idéale de cet hypothétique comble ontologique ; on cessera d'opposer vivement le corps et l'âme, car ce dualisme devenu une arme de guerre redoutable entre les mains des amateurs de haine de soi organise et légitime la morale moralisatrice articulée sur une positivité spirituelle et une négativité charnelle. On renoncera à associer jusque dans la confusion l'amour, la procréation, la sexualité, la monogamie, la fidélité, la cohabitation ; on récusera l'option judéo-chrétienne qui amalgame le féminin, le péché, la faute, la culpabilité et l'expiation ;
on stigmatisera la collusion entre le monothéisme, la misogynie, et l'ordre phallocratique ; on fustiguera les techniques du mépris de soi mises en oeuvre par les idéologies pythagoriciennes, platoniciennes, et chrétiennes - contingence, virginité, renoncement et mariage - dans l'esprit desquelles notre civilisation s'est trouvée dressée [...]
Mon deuxième temps, affirmateur, propose une alternative à l'ordre dominant grâce à la formulation d'un matérialisme hédoniste : on élaborera une théorie atomiste du désir comme logique des flux qui appellent l'expansion et nécessitent une hydraulique cathartique ; on laïcisera la chair, désacralisera le corps et définira l'âme comme l'une des mille modalités de la matière ; on proposera un épicurisme ouvert, ludique, joyeux, dynamique et poétique à partir des possibles esquissés et offerts par l'épicurisme fermé, ascétique, austère, statique et autobiographique du fondateur ; on précisera les modalités d'un libertinage solaire et d'un éros léger ; on invitera à une métaphysique de l'instant présent et de la pure jouissance d'exister [...]
On proposera une option radicalement égalitariste entre les sexes afin d'engager sur la voie d'un féminisme libertaire ;[...]
En guerre contre le modèle éthique dominant, ma proposition renoue sans ambage avec le projet de toutes les écoles philosophiques hellenistiques : rendre possible la vie philosophique. Et pour ce faire, vouloir ouvertement la fin de la vie mutilée, fragmentée, explosée, éparpillée que fabrique notre civilisation aliénante indexée sur l'argent, la production, le travail, la domination.
C'est écrit par Michel Onfray, dans l'ouverture de sa "Théorie du corps amoureux. Pour une érotique solaire"
Un livre de philo qui décape, une écriture hyper-vivante au service d'un projet vivifiant.Un livre qui se déguste avec plaisir.


Commentaires
1. Le jeudi 7 décembre 2006 à 21:36, par Eric
2. Le vendredi 13 mars 2009 à 13:48, par Clara
3. Le vendredi 13 mars 2009 à 13:49, par Clara
4. Le mardi 9 février 2010 à 02:28, par kameroun55 :: email :: site
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